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mes plus grands succès |
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| Cette compilation des plus grands succès de RAMUNTCHO MATTA, dont les plus vieux datent de 1976 et les plus récents d’il y a un mois, surprendra sans doute les plus naïfs. Encore que… Certains s’étonneront que telle ou telle chanson leur soit inconnue, mais c’est qu’ils auront une conception du temps trop rectiligne. Ce qui est inouï, au sens strict, est souvent le plus beau, comme le disait Shakespeare. Car il y a comme un éternel retour du beau qui ne tient compte ni de la chronologie commune, ni d’aucun savoir. « Quand je fais une chanson, confie MATTA, je ne suis même pas mélodiste, mais riffeur. Je suis à la recherche d’une phrase musicale. Je n’ai ni désir d’arrangements ni volonté de fabriquer un produit. J’essaye avant tout de figer un instant que j’ai aimé. C’est un exercice qui pourrait se comparer à l’art du croquis par rapport à celui de la peinture. » Qu’est-ce donc qui relie un croquis d’il y a trente ans aux compositions d’aujourd’hui ? « Il y a quelques mois, j’ai été cambriolé. J’ai perdu plusieurs ordinateurs qui contenaient plus de trois années de travail. Suite à cette catastrophe, j’ai fouillé mes cartons et j’y ai retrouvé des centaines de bandes magnétiques — certaines encore plus anciennes — et, en les réécoutant, j’ai décidé de me lancer dans une entreprise digne de Brion Gysin, qui disait : ‘On arrive toujours trop tôt, on est toujours en avance !’ Cette remarque est certes digne d’un physicien post-euclidien, qui aurait pu dire « Si je suis en retard pour un rendez-vous auquel je veux arriver à l’heure, il me suffit de partir d’autre part. » Car le moins qu’on puisse dire, c’est que les chansons de MATTA, même venues d’un passé éloigné, sont tout de même en avance pour tout auditeur un peu attentif. « En 1976, j’écoutais avec passion Transformer de Lou Reed, Airwaves, Meredith Monk… je découvrais les musiciens de Jajouka, par le biais de Brion Gysin… Les mots sont des sons ! Quand on sait les travailler, le rythme des phrases transmet plus d’informations que le sens des mots. Je voulais manipuler la musique comme une matière, me confronter à une autre dimension. Et c’est toujours ce que je fais aujourd’hui. » La petite visite à laquelle nous convie Ramuntcho Matta n’est donc d’aucune façon un exercice de nostalgie, une ballade dans le passé. C’est plutôt une « revisite », si l’on peut dire, le choc plus ou moins aléatoire d’une matière sonore venue d’autre part avec un environnement sonore qui n’est ni moderne ni obsolète, mais cohérent. C’est pourquoi il réveille des morts comme Brion Gysin, John Cage ou Don Cherry, non pour le plaisir un peu vain de « faire des citations », mais pour bien marquer des étapes, quel que soit le sens de la marche. « Que sont Mes plus grands succès ? Est-ce une victoire ou simplement une étape ? Revisiter ses vieilles archives, c’est moins se remettre dans une période, que remettre en circulation ce qui était resté privé, ce qui n’avait pas bougé et qui, pourtant, ne rêvait que d’une oreille pour se réveiller, pour se révéler. » On trouvera aussi dans cet album des matières réorientées : comme cette chanson autrefois titrée « Tu me quittes », devenue « Tu t’installes ». La boucle est ainsi bouclée. Matta, après avoir perdu la substance de trois ans de travail, sans vraiment partir à la recherche du temps perdu, a retrouvé un or du temps. À consommer tout de suite. Serge Grünberg --------------------------------------------------enregistré et mixé par Romain de Gueltz |
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